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Christian Boltanski La Continuation De La Peinture Par D'autres Moyens

Dossiers pédagogiques - Collections du Musée
Monographies / Artistes contemporains

Vitrine de r�f�rence, 1971

L'Œuvre de Christian Boltanski

Biographie de l'artiste

Notices d'Œuvres
La chambre ovale, 1967
L'Homme qui tousse, 1969
Essai de reconstitution (Trois tiroirs), 1970-1971
Vitrine de r�f�rence, 1971
Sayn�tes comiques, 1974
• Composition thȒtrale, 1981
Les archives de C.B. 1965-1988 , 1989
R�serve, 1990

Textes de rÉfÉrence
Christian Boltanski, texte paru dans l'�dition originale de Recherche et pr�sentation de tout ce qui reste de mon enfance, 1944-1950, 1969 (extrait).
• Christian Boltanski, � La petite m�moire �, Le Voyage au P�rou, catalogue du Mus�e d'art moderne de la ville de Paris, 1998.

Chronologie

Bibliographie

Ce dossier s'inscrit dans une s�rie � Monographies. Artistes contemporains �, qui sera r�guli�rement augment�e dans cette partie du site.
� R�alis�s autour d'une s�lection d'�uvres des artistes les mieux repr�sent�s dans les collections du Mus�e national d'art moderne, ces dossiers s'adressent � tous ceux (enseignants ou responsables de groupe en particulier) qui souhaitent pr�parer leur visite au Mus�e.
� Leur objectif p�dagogique est de faciliter l'approche et la compr�hension de l'�uvre d'une figure majeure de l'art d'aujourd'hui.
� Ils ne constituent pas un cours mais proposent des points de rep�res et une base de travail.
� A chaque enseignant d'�valuer ses besoins et d'utiliser ce qui lui est n�cessaire selon le niveau de sa classe.
Chacun de ces dossiers comporte :
� une introduction g�n�rale permettant de pr�senter et de situer le r�le de l'artiste et son �uvre dans un contexte historique, g�ographique et esth�tique,
� une biographie de l'artiste,
� une s�lection des �uvres des collections du Mus�e les plus repr�sentatives, trait�es par fiches comportant une notice d'�uvre et une reproduction,
� un ou plusieurs textes de r�f�rence apportant en compl�ment une approche th�orique,
� une chronologie de son �uvre,
� une bibliographie s�lective.

A NOTER
Les collections du Mus�e comportent plus de 50 000 �uvres. R�guli�rement, le Mus�e renouvelle les �uvres pr�sent�es dans ses espaces situ�s aux 4e et 5e niveaux du Centre Pompidou. Les dossiers p�dagogiques sont r�alis�s en lien avec ces accrochages.
Pour savoir si les �uvres pr�sent�es dans ce dossier sont actuellement expos�es, consultezla liste suivante

L'Œuvre de Christian Boltanski

Si l'�uvre de Christian Boltanski appartient au registre le plus contemporain de l'expression plastique par la multitude des mat�riaux employés, la p�te � modeler, le carton ondul�, la photographie ou des objets trouv�s, l'artiste revendique n�anmoins une filiation avec la peinture traditionnelle qu'il a pratiqu�e � ses d�buts. Selon lui, la peinture se caract�rise non pas par l'habilet� de la main, mais par sa vocation religieuse et son pouvoir sacr�. C'est dans ce sens que toute l'�uvre de Boltanski peut �tre per�ue comme la continuit� de la tradition picturale : en tant qu'elle interroge la religiosit� de l'art.

Tous les objets qu'il convoque dans ses dossiers, ses livres, ses collections, au-del� d'apparences modestes, confinant parfois � la d�rision, sont les d�positaires d'un souvenir qui leur procure un fort pouvoir �motionnel. Qu'il pr�sente ces objets sous forme de vitrines, d'archives, de r�serves ou simplement d'expositions, il les met en sc�ne dans l'espace, mais aussi dans le temps. Chaque objet nous replonge � sa mani�re dans le pass� : le pass� personnel, r�el ou fictif, dramatique ou comique, de l'artiste, le pass� d'un objet, ou le pass� de l'humanit� enti�re. Ce sont des reliques.

Toutes les �uvres nous isolent du moment pr�sent pour nous transporter dans un espace de m�ditation, voire de recueillement pour les pi�ces des derni�res ann�es qui s'articulent autour du th�me de la mort. M�me les s�ries comiques comportent un caract�re grin�ant qui �voque l'id�e d'un r�glement de compte avec des �v�nements pass�s encore pesants dans la m�moire. Ces �uvres comiques interrogent la m�moire individuelle, tandis que les �uvres qui traitent de la conservation des documents, dans le mus�e ou les centres d'archives, interpellent la m�moire collective.
Ainsi, toutes les �uvres de Boltanski travaillent sur le souvenir, du souvenir d'enfance au souvenir des d�funts, de l'histoire personnelle � la grande histoire.

Biographie

Christian Boltanski, 1944, Paris
Apr�s une adolescence sans scolarit� r�guli�re et sans avoir v�ritablement re�u de formation artistique traditionnelle, Christian Boltanski commence � peindre en 1958. Les tableaux qu'il r�alise alors sont de grands formats, repr�sentant des sc�nes historiques ou, parfois, des �tudes de personnages isol�s, dans des situations macabres, par exemple dans des cercueils.

A partir de 1967, il s'�loigne de la peinture pour exp�rimenter d'autres modes d'expression, comme la r�daction de lettres ou de dossiers qu'il envoie � des personnalit�s du monde de l'art. Pour les constituer, il utilise des photocopies qu'il m�le � des documents originaux ou � des photographies qu'il tire des albums de sa famille. A travers ces nouveaux mat�riaux, il int�gre � son �uvre des �l�ments issus de son univers personnel, au point que sa biographie devient l'une de ses principales th�matiques.

En effet, sa vie et son �uvre se confondent, mais non pas dans le sens du sacrifice romantique o� l'�uvre se fait aux d�pens de la vie, mais dans le sens o� l'�uvre est l'invention d'une biographie fauss�e et pr�sent�e comme telle. Boltanski reconstruit des �pisodes d'une vie qu'il n'a jamais v�cue, en utilisant des objets qui ne lui ont pas appartenus ou des photographies retravaill�es. Il r�dige m�me une sorte de biographie officielle, en 1984, pour le catalogue de la r�trospective que lui consacre le Mus�e national d'art moderne. Il la fait d�marrer au moment o� sa vocation artistique s'impose � lui : � 1958. Il peint, il veut faire de l'art. 1968. Il n'ach�te plus de revues d'art moderne, il a un choc, il fait de la photographie, blanche et noire, tragique, humaine� �. Par cette initiative, le genre hagiographique et convenu des notices habituelles est tourn� en d�rision, tandis que le lecteur est convi� � repenser le sens que prend toute vie d�s lors qu'on la consid�re d'un point de vue r�trospectif.
C'est pourquoi l'expression de �mythologie individuelle � qui intitulait une section d'exposition � laquelle il participait en 1972 caract�rise si bien son �uvre : il y raconte sa vie sous la forme d'une fiction dans laquelle chacun se reconna�t. Comme il le dit lui-m�me : � Les bons artistes n'ont plus de vie, leur seule vie consiste � raconter ce qui semble � chacun sa propre histoire �.

Christian Boltanski est aujourd'hui reconnu comme l'un des principaux artistes contemporains fran�ais.
Il vit et travaille � Malakoff.

Notices d' Œuvres

La chambre ovale, 1967
Acrylique sur isorel. 115 x 146,5 cm

Les peintures que Christian Boltanski r�alise entre 1958 et 1967 repr�sentent des images semblant resurgir d'une m�moire enfantine, d'un pass� jusqu'alors enfoui. Sans doute parce qu'elles �voquent des �v�nements douloureux.
Parmi ces peintures, La chambre ovale met en sc�ne, dans une architecture � la limite de l'abstraction, un personnage esseul�, assis par terre, et comme p�trifi�, dans l'impossibilit� d'agir comme le sugg�re l'absence de ses bras.
Prisonnier auquel on identifie son malheur, intern� ou simple enfant puni dans un espace imaginaire, ce personnage r�duit � une silhouette sombre, comme une ombre, procure � cette sc�ne son myst�re.
Mais bien que cette peinture �voque probablement un �v�nement personnel que l'on ne peut comprendre parce que l'on en ignore tout, elle appara�t �trangement famili�re, en rappelant � tous le sentiment de la solitude.

Cette �uvre picturale des d�buts de Christian Boltanski traite d�j� des th�mes qui lui seront chers. Toutes les exp�rimentations qui suivent ne seront que l'approfondissement de ces premi�res tentatives, comme le remarque le critique d'art Serge Lemoine : � Son travail se pr�sente comme la continuation de la peinture par d'autres moyens. Une peinture au reste figurative, et qui raconte : l'enfance, la famille, les souvenirs, la vie des gens � (Boltanski, catalogue de l'exposition, Centre Pompidou, 1984, p. 18).

L'Homme qui tousse, 1969
Film cin�matographique 16 mm couleur, sonore. Dur�e : 3'

La premi�re exposition personnelle de Christian Boltanski t�moigne en premier lieu de son int�r�t pour le cin�ma : organis�e dans une salle de projection du 16e arrondissement de Paris, elle pr�sentait, � c�t� de marionnettes grandeur nature, un film intitul� La Vie impossible de Christian Boltanski (1).
Apr�s cette premi�re exp�rience, Christian Boltanski r�alise en 1969 quelques courts films � tonalit� fantastique, tel que L'Homme qui tousse.

Dans ce film, on observe pendant 3 minutes un homme assis dans une petite pi�ce d�labr�e. Il tousse jusqu'� cracher un flot de sang qui se d�verse sur ses jambes et souille ses v�tements. Tourn� avec des moyens amateurs, le film rev�t une qualit� d'image documentaire qui ne le rend que plus inqui�tant.

M�me s'il abandonne peu � peu la forme cin�matographique au profit de la photographie, Christian Boltanski explorera dans toute son �uvre cette ambivalence entre la v�rit� que semble certifier un document et le mensonge qu'implique le spectaculaire.

(1) Ce th�me a �t� repris r�cemment par Christian Boltanski pour la r�alisation d'une nouvelle �uvre La Vie impossible, 2001, acquise par le Mus�e en 2004. Il s'agit de vingt vitrines pr�sentant chacune des photographies, des journaux, des lettres qui �voquent sa vie d'artiste.

Essai de reconstitution (Trois tiroirs), 1970-1971
Ancien titre : Trois tiroirs
Bo�te en fer blanc contenant 3 tiroirs ferm�s par un grillage, portant chacun une �tiquette et contenant des objets
44 x 60,5 x 40,5 cm. Chaque tiroir : 12 x 60 x 40 cm

Cet ensemble de trois tiroirs, fabriqu�s avec des bo�tes en fer blanc, est embl�matique des premiers travaux de Boltanski sur le th�me de l'enfance perdue.
Son premier livre, compos� en 1969, Recherche et pr�sentation de tout ce qui reste de mon enfance, 1944-1950 (1), publi� � l'origine � cinquante exemplaires, propose en effet une �uvre comme tentative de reconstitution d'une p�riode de sa jeunesse. Il s'agit de neuf pages qui rassemblent une photographie de classe, une r�daction scolaire et d'autres documents du type de ceux que l'on conserve pr�cieusement dans des cartons.

Avec les Trois tiroirs, la reconstitution se fait en volume. Les tiroirs contiennent de petits objets en p�te � modeler reproduisant des choses qui auraient appartenu � Christian Boltanski enfant : des avions, une bouillotte� comme le signalent les �tiquettes dactylographi�es et ins�r�es sur chaque tiroir. L'artiste �voque ainsi les collections ou les tr�sors que chacun de nous, enfant, a pu constituer : des objets d�risoires mais cach�s avec le plus grand soin.
Dans cette reconstitution Boltanski retrouve le s�rieux des jeux d'enfant, ce qui la rend � la fois comique et touchante.

Cette �uvre annonce la s�rie de pi�ces d'archives qu'il r�alisera dans les ann�es 80 (2). On retrouvera les m�mes bo�tes de fer blanc, remplies de menus objets, sans valeur marchande, mais renfermant les secrets d'une m�moire affective sans doute immense.

(1) Voir infra : textes de r�f�rence
(2) Voir infra : notice sur Les archives de C.B. 1965-1988

Vitrine de r�f�rence , 1971
Bo�te en bois peinte sous plexiglas
Bois, plexiglas, photos, cheveux, tissus, papier, terre, fil de fer. 59,6 x 120 x 12,4 cm

Dans le prolongement des th�mes de la reconstitution de la vie et de l'autobiographie de l'artiste, Christian Boltanski r�alise plusieurs vitrines o� il expose des objets personnels comme des reliques ou des �l�ments issus de fouilles arch�ologiques t�moignant de civilisations perdues. Avec ces �uvres, Boltanski parodie notamment le Mus�e de l'Homme, lequel, dit-il, l'a beaucoup marqu�: on y voit, dans des vitrines un peu poussi�reuses, des objets � l'origine sans vocation esth�tique, des objets qui sont des documents plut�t que des �uvres, des objets auxquels le mus�e a retir� leur valeur d'usage. Christian Boltanski d�finit d'ailleurs les mus�es comme � des lieux sans r�alit�, des lieux hors du monde, prot�g�s, o� tout est fait pour �tre joli �. Ce sont des lieux hors du monde de l'action, ni r�els, ni irr�els, et qui communiquent cet �trange statut aux objets qu'ils renferment.

En pr�sentant quelques-uns de ses effets personnels dans une vitrine, l'artiste applique � sa propre vie ce processus � la fois conservateur et mortif�re.

Sayn�tes comiques, 1974
Le mariage des parents
Photographie. Montage de 3 �preuves aux sels d'argent et texte � l'encre blanche sur carton noir
37,9 x 71 cm. Chaque photo : 28,5 x 18,3 cm

A partir de 1974, Christian Boltanski r�ajuste le th�me de l'autobiographie � une perspective plus l�g�re et plus humoristique. Comme il l'�crit dans sa biographie, en cette ann�e 74, � il se d�passe, il se surpasse, il prend de la distance et se moque de lui-m�me, il ne parle plus de son enfance, il la joue� �.
Il semble en effet redouter la solennit� de ses pr�c�dentes d�marches. A propos du personnage de Christian Boltanski dont il cherchait jusqu'alors � raconter l'histoire, il d�clare : � A un moment, ce personnage invent� m'est devenu trop lourd, j'ai eu besoin de le tuer� J'ai eu le d�sir de d�truire le mythe et de le d�truire par la d�rision � (Boltanski, entretien avec Delphine Renard, catalogue du Centre Pompidou, 1984).

C'est ainsi que sont n�es les Sayn�tes comiques, un ensemble de 25 �uvres, compos�es de photographies retouch�es au crayon ou au pastel, dans lesquelles il raconte encore une fois son histoire, mais sur un mode clownesque.

Chaque photographie ou montage de clich�s repr�sente un �v�nement familial marquant, un enterrement, un mariage ou un anniversaire, qu'il rejoue pour la prise de vue. Tous les personnages qui apparaissent sont donc incarn�s par l'artiste lui-m�me, � peine d�guis� par quelques accessoires, ce qui procure � ses images un caract�re modeste, voire n�glig�, qui rappelle le thȒtre de rue et provoque un sentiment de d�rision. Les fonds sont souvent dessin�s, ce qui accentue l'impression d'�conomie de moyen, tandis que, pour certaines pi�ces, des cartels commentent les sc�nes et redoublent leur dimension grotesque.

Avec les Sayn�tes comiques, Christian Boltanski r�v�le pleinement l'aspect parodique de son �uvre.

Composition thȒtrale, 1981
Cibachrome fix�e dans un cadre-vitrine noir. 241 x 124,5 x 8,8 cm
D�tail d'un triptyque : 241 x 373,5 cm

Christian Boltanski a beaucoup utilis� la photographie d�s la fin des ann�es soixante. Les premi�res �uvres comportaient en effet des photographies de petites tailles, en noir et blanc, des photographies tir�es d'albums de famille ou � vocation documentaire, accompagn�es de textes ou d'autres �l�ments. A partir du milieu des ann�es soixante-dix, il red�couvre ce m�dium pour en faire un tout autre traitement. D�sormais, de grandes photos en couleurs assument � elles seules la force de l'�uvre. Boltanski cr�e ainsi une s�rie qu'il intitule les Compositions. Compositions h�ro�ques, grotesques, architecturales, japonaises , enchant�es , les noms sont choisis en fonction des objets qu'elles repr�sentent. Ce sont de grandes photographies au fond tr�s noir qui monumentalisent de menus objets. Leur dimension ainsi que leur �clairage clair-obscur leur procurent un air d'apparition. Le fond noir sur lequel ces objets se d�coupent, comme dans un thȒtre d'ombres chinoises, cr�e le vide autour d'eux et les isolent dans une sorte d'espace absolu.

Les Compositions thȒtrales de 1981 mettent en sc�ne de minuscules pantins en carton ondul� que Boltanski fabrique pour l'occasion, avec du fil de fer et des attaches parisiennes. Ce sont de petits bricolages judicieux qui rappellent les objets en carton ondul� que Picasso r�alisait dans les ann�es dix.

Mais, ici, ces jouets sont fabriqu�s par l'artiste pour lui-m�me. Ils appartiennent au registre du tr�sor personnel et rel�vent de la sph�re intime. Boltanski les compare � des f�tiches vaudous, faits de bric et de broc, mais capables d'un fort pouvoir �vocateur. Pour le public, ils n'apparaissent qu'� travers la photographie qui les monumentalise et les met � distance. La prise de vue est, selon Boltanski, l'�tape du � refroidissement �, de la s�paration .

� L'objet est du c�t� de l'intime, du toucher, la photographie du domaine de la repr�sentation �, dit-il dans un entretien de 1984 (Boltanski, catalogue de l'exposition, Centre Pompidou). La photographie transfigure le travail manuel de la fabrication.

Les archives de C.B. 1965-1988, 1989
Installation avec de la lumi�re
M�tal, photographies, lampes, fils �lectriques. 270 x 693 x 35,5 cm

En produisant Les archives de C.B. 1965-1988, Boltanski renoue avec sa grande ambition telle qu'il l'avait formul�e en 1969 : � Garder une trace de tous les instants de notre vie, de tous les objets qui nous ont c�toy�s, de tout ce que nous avons dit et de ce qui a �t� dit autour de nous, voil� mon but �.

Pour r�aliser ce projet, il construit un mur de 646 bo�tes � biscuit en fer blanc, certaines plus rouill�es que d'autres, t�moignant d'une usure du temps. De telles bo�tes avaient �t� utilis�es d�s 1970, par exemple pour Essai de reconstitution (Trois tiroirs), dans lesquelles �taient conserv�es des r�pliques en p�te � modeler de ses jouets d'enfance (1).

Toutefois, avec Les archives de C.B. 1965-1988, l'entreprise prend une autre dimension. Les 646 bo�tes sont rang�es en piles de presque trois m�tres de hauteur, simplement �clair�es par des lampes de bureau noires dont les fils �lectriques pendent n�gligemment, comme si elles avaient �t� install�es � la h�te.
Cet agencement �voque des archives de fortune, �tablies dans l'urgence de conserver ce qui, sans elles, serait vou� � la disparition.
Car ce que ces bo�tes contiennent, ce sont plus de 1 200 photos et 800 documents divers que Boltanski a rassembl�s en vidant son atelier. C'est toute sa vie d'artiste qui est consign�e l�, mais cach�e au spectateur, pr�sente seulement dans sa m�moire, dans son intimit�.

En 2001, Christian Boltanski reprend de nouveau ce th�me des archives personnelles avec une �uvre intitul�e La Vie impossible: un ensemble de 20 vitrines dans lesquelles se trouvent amass�s des papiers de toutes sortes, cette fois-ci pr�sent�s � la vue du spectateur, mais dans un tel d�sordre qu'il ne peut toujours pas percer leur myst�re.

(1) Voir supra.

R�serve, 1990
Installation
Tissu, lampes. Dimensions variables

En 1988, Boltanski s'empare d'un nouvel élément, le v�tement, qu'il utilise tout d'abord pour cr�er une �uvre profond�ment �mouvante : R�serve, Canada. Il s'agit d'une pi�ce qui fait allusion aux entrep�ts dans lesquels les nazis remisaient les effets des personnes d�port�es. L'usage du v�tement chez Boltanski est donc d'embl�e li� au th�me de la mort, comme c'�tait d�j� le cas pour la photographie. Pour lui, � La photographie de quelqu'un, un v�tement ou un corps mort sont presque �quivalents : il y avait quelqu'un, il y a eu quelqu'un, mais maintenant c'est parti �. Le v�tement est lui aussi une trace ou une empreinte qui t�moigne d'une vie pass�e.

C'est � ce titre que les v�tements sont pr�sents dans la s�rie des R�serves r�alis�es � la suite de R�serve, Canada. Chacune est une variation d'installation sur le th�me de la disparition et du souvenir. Dans R�serve : la F�te de Pourim, 1989, ou dans R�serve Lac des morts, 1990, les v�tements sont laiss�s au sol ; dans R�serve du Mus�e des enfants, 1989, ils sont empil�s en rang (1).

Avec la Réserve de 1990, Boltanski tapisse les murs d'une salle entière de vêtements usagers, voire poussiéreux, qui répandent une odeur de grenier. Car la forte présence de l'œuvre ne se manifeste pas seulement visuellement, mais par une dimension olfactive trop rarement exploitée en art plastique (2).
Comme les autres œuvres de la série, la Réserve de 1990 crée un environnement incitant à une méditation mélancolique sur le corps comme enveloppe vulnérable, sur la vanité et sur la mort, qui sont les sujets de prédilection de Boltanski durant les années quatre-vingt-dix.

(1) Pour connaître cette œuvre : voir l'exposition « Dernières années » au Musée d'Art moderne de la Ville de Paris
(2) Une des œuvres des collections du Musée national d'art moderne qui explore le mieux cette dimension avant la Réserve de Boltanski est l'installation Plight de Beuys, 1985. Voir l'œuvre.

Textes de rÉfÉrence

Christian Boltanski, texte paru dans l'�dition originale de Recherche et pr�sentation de tout ce qui reste de mon enfance , 1944-1950, livre d'artiste, 1969.

On ne remarquera jamais assez que la mort est une chose honteuse. Finalement nous n'essayons jamais de lutter de front, les m�decins, les scientifiques ne font que pactiser avec elle, ils luttent sur des points de d�tail, la retardent de quelques mois, de quelques ann�es, mais tout cela n'est rien. Ce qu'il faut, c'est s'attaquer au fond du probl�me par un grand effort collectif o� chacun travaillera � sa survie propre et � celle des autres.
Voil� pourquoi, car il est n�cessaire qu'un d'entre nous donne l'exemple, j'ai d�cid� de m'atteler au projet qui me tient � c�ur depuis longtemps : se conserver tout entier, garder une trace de tous les instants de notre vie, de tous les objets qui nous ont c�toy�s, de tout ce que nous avons dit et de ce qui a �t� dit autour de nous, voil� mon but. La t�che est immense et mes moyens sont faibles. Que n'ai-je commenc� plus t�t ? Presque tout ce qui avait trait � la p�riode que je me suis d'abord prescrit de sauver (6 septembre 1944-24 juillet 1950) a �t� perdu, jet�, par une n�gligence coupable. Ce n'est qu'avec une peine infinie que j'ai pu retrouver les quelques �l�ments que je pr�sente ici. Prouver leur authenticit�, les situer exactement, tout cela n'a �t� possible que par des questions incessantes et une enqu�te minutieuse.
Mais l'effort qui reste � accomplir est grand et combien se passera-t-il d'ann�es, occup� � chercher, � �tudier, � classer, avant que ma vie soit en s�curit�, soigneusement rang�e et �tiquet�e dans un lieu s�r, � l'abri du vol, de l'incendie et de la guerre atomique, d'o� il soit possible de la sortir et la reconstituer � tout moment, et que, �tant alors assur� de ne pas mourir, je puisse, enfin, me reposer.

Christian Boltanski, Paris, mai 1969

Christian Boltanski, � L'art n'est que de l'art �, entretien avec Delphine Renard, Boltanski, catalogue du Centre Pompidou, 1984, pp. 70-85.

D. R. : La � forme �, l'apparence de votre travail, a beaucoup �volu� depuis quinze ans ; est-ce li� � la transformation de votre attitude � l'�gard de la place sociale de l'art ?

C. B. : Une forme doit, � mon avis, constamment �voluer, car elle n'est plus lue de la m�me mani�re quand elle a �t� reconnue comme � artistique � � l'int�rieur du champ de l'art. Il est �galement certain que l'on �volue, que le monde �volue, que le poids de l'Histoire se manifeste dans l'activit� de chacun. La situation en 1969 se distinguait tout � fait de celle d'aujourd'hui. En 1969, le monde occidental vivait une grande transformation ; il venait d'y avoir mai 1968 en France, le mouvement hippy se d�veloppait aux Etats-Unis ainsi qu'un front uni pour la paix au Vietnam ; les intellectuels avaient le sentiment d'�tre � la veille d'une mutation culturelle qui serait li�e � une r�volution sociale�
Aujourd'hui, les id�ologies ont perdu de leur force, nous ne nous croyons plus � la veille d'une r�volution mais nous vivons dans un climat d'inqui�tude. Il est normal que beaucoup d'artistes se d�tournent de ce qui me para�t aujourd'hui avoir �t� une position optimiste : expliquer et th�oriser l'art, ou r�aliser des structures anonymes pour am�liorer le cadre de vie. Ils se tournent vers des pr�occupations plus � schizophr�niques � : refuser la r�alit� et se renfermer dans le r�ve. Aujourd'hui, mais personnellement je l'ai toujours pens�, je crois que l�art ne cherche plus � influencer la vie ; l'art n'est que de l'art, la peinture subit le monde mais agit tr�s peu sur lui. Et pourtant, l'art demeure ce qu'il y a de mieux dans ce monde horrible� La seule porte de sortie consiste pour moi � rester � la maison, � y tourner en rond en grattant le sol et en regardant de jolies images.

Christian Boltanski, � La petite m�moire �, Le Voyage au P�rou , Christian Boltanski. Derni�res ann�es, catalogue du Mus�e d'art moderne de la ville de Paris, 1998.

La pr�sence de l'humanit� dans sa multitude est toujours l� dans mon travail. Ce grand nombre est parfois �voqu� par des tonnes de v�tements us�s, par des centaines de photographies, ou par des milliers d'objets perdus (que je recueille au Bureau des Objets Trouv�s), ou encore par de longues listes de noms, ceux d'ouvriers dans une usine du nord de l'Angleterre au 19e si�cle, ou ceux des artistes ayant particip� � la Biennale de Venise depuis sa cr�ation. Le nombre, le c�t� presque interchangeable de l'�tre humain et son unicit�, son caract�re propre, sont une des oppositions sur lesquelles je travaille. Je m'int�resse � ce que j'ai appel� La petite m�moire, une m�moire affective, un savoir quotidien, le contraire de la grande m�moire pr�serv�e dans les livres. Cette petite m�moire, qui forme pour moi notre singularit�, est extr�mement fragile, et elle dispara�t avec la mort. Cette perte d'identit�, cette �galisation dans l'oubli sont tr�s difficiles � accepter ; par exemple, quand on regarde des centaines de cr�nes, ils ont tous l'air identiques.

Chronologie

1958
Christian Boltanski r�alise ses premi�res peintures dans un style figuratif. M�dium qu'il abandonnera en 1967 pour lui pr�f�rer des mat�riaux plus exp�rimentaux.

1966
Rencontre avec Jean Le Gac. Il collaborera avec lui quelques ann�es � partir de 1969.

1968
Premi�re exposition personnelle au thȒtre du Ranelagh, � Paris : il pr�sente des marionnettes grandeur nature, confectionn�es dans une facture volontairement grossi�re, et un film dont le titre indique la teneur de ses premiers travaux, La Vie impossible de Christian Boltanski.

1969
Parution de son premier livre Recherche et pr�sentation de tout ce qui reste de mon enfance, 1944-1950. C'est l'apparition du th�me autobiographique.

1970
Il commence la s�rie des Vitrines de r�f�rence, travail qu'il poursuit jusqu'en 1973.

1972
Il expose pour la premi�re fois � la Documenta 5 de Kassel (Allemagne) dans la section intitul�e � Mythologies individuelles �.

1975
Apr�s avoir travaill� l'autobiographie sur le mode ludique avec la s�rie des Sayn�tes comiques de 1974, il se d�barrasse de son propre personnage pour s'int�resser aux codes culturels et lieux communs, comme les portraits dans la publicit�, ou le voyage de noces � Venise. Pour traiter ces nouveaux th�mes, il utilise la photographie couleur, dans des formats de plus en plus imposants.

1977
Il commence la s�rie des Compositions, avec des photographies de tr�s grands formats comparables � ceux des tableaux en peinture.

1984
Exposition r�trospective au Mus�e national d'art moderne. C'est l'occasion pour Boltanski d'exp�rimenter une nouvelle mani�re de montrer son �uvre. L'exposition se compose de deux parties, l'une autour du th�me de l'autobiographie avec des pi�ces faites de documents et d'archives ; l'autre pr�sente de grandes photographies plus proches d'un travail pictural classique.

1985
D�but de la s�rie des Monuments : des photographies de visages anonymes sont install�es au sein de murs en forme d'autels, ou en constellation d'images �clair�es par de petites lampes.

1986
Invit� � la Biennale de Venise, Boltanski investit l'espace d'une ancienne prison (Palazzo delle Prigione), mettant en sc�ne son exposition dans la p�nombre, proc�d� d�terminant pour les expositions suivantes.

1987
Pour la Documenta 8 de Kassel, il traite du th�me de l'Holocauste, qu'il avait d�j� abord�, mais de mani�re moins directe.

1988
Un mat�riau nouveau appara�t dans son �uvre : le v�tement.

1990
D�but de la s�rie intitul�e Les Suisses morts. Il s'agit d'�uvres qui utilisent des photographies tir�es de la rubrique n�crologique d'un journal suisse. Pourquoi des Suisses ? A cette question Boltanski r�pond : � parce que les Suisses n'ont pas de raison de mourir, en tous cas pas de raisons historiques �. Avec Les Suisses morts, c'est sur la violence de toute mort que l'artiste r�fl�chit d�sormais.

1998
Exposition Derni�res ann�es au Mus�e d'art moderne de la Ville de Paris, con�ue comme une seule �uvre � travers laquelle on chemine. On y retrouve les th�matiques qui int�ressent Boltanski actuellement, et particuli�rement la relation pr�sence / absence par le biais de la m�moire et du souvenir.

2003
Exposition Entre-temps � la galerie Yvon Lambert, Paris : Boltanski renoue avec le th�me de l'autobiographie.

2004
Pendant toute l'ann�e 2004, le Mus�e d'art et d'histoire du Juda�sme, � Paris, expose son ThȒtre d'ombres.

Bibliographie sÉlective

Essais sur Christian Boltanski
- Gilbert Lascault, Boltanski : souvenance, Paris, L'Echoppe, 1998
- Lynn Gumpert, Christian Boltanski, Paris, Flammarion, 1992
- Didier Semin, Christian Boltanski, Paris, Editions Art Press, 1989
- Alain Fleischer et Didier Semin, � Christian Boltanski : la revanche de la maladresse �, Art Press n�128, septembre 1988.

Catalogues d'exposition
- Christian Boltanski. Derni�res ann�es, Mus�e d'art moderne de la Ville de Paris, 1998
- Christian Boltanski, Les Suisses morts, Mus�e cantonal des beaux-arts de Lausanne, 1993
- Boltanski, Centre Pompidou, 1984
- Christian Boltanski : Compositions, ARC-Mus�e d'art moderne de la Ville de Paris, 1981

Ecrits et t�moignages
- Christian Boltanski, La Vie impossible, Cologne, Walther K�nig �diteur, 2001
- Christian Boltanski, Kaddish, Mus�e d'art moderne de la Ville de Paris, 1998

Contacts
Afin de r�pondre au mieux � vos attentes, nous souhaiterions conna�tre vos r�actions et suggestions sur ce document
Contacter : audrey.knoepflin@cnac-gp.fr
Pour consulter les autres dossiers sur les collections du Mus�e national d'art moderne

Cr�dits
� Centre Pompidou, Direction de l'action �ducative et des publics, février 2005
Conception : Florence Morat
Documentation, r�daction : Vanessa Morisset
Design graphique : Michel Fernandez
Coordination : Marie-Jos� Rodriguez

Christian Boltanski La Continuation De La Peinture Par D'autres Moyens

Source: http://arzaplik.free.fr/DATA/DOSSIERS_BEAUBOURG/ENS-boltanski/ENS-boltanski.htm

Posted by: ashleylicess.blogspot.com

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